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  • Karin Florman

La Convention des droits de l'enfant

Mis à jour : juil. 24



La Convention des droits de l’enfant des Nations Unies a changé ma vie en tant qu’enfant en Suède. En 1990, quand les droits de l’enfant ont commencé à se faire connaître parmi nous, j’avais 13 ans. Un numéro national pour les enfants, à appeler en cas de problème à la maison, existait déjà depuis 1980 et nous, les enfants, en étions informés. Mais avec la ratification de la Convention, il est devenu encore plus évident pour tout le monde dans la société, adultes et enfants, que les adultes n’avaient pas le droit de faire ce qu’ils voulaient contre les enfants sous prétexte que “c’était eux les adultes”. Et il ne s’agissait plus seulement de violences physiques (qui étaient déjà interdites depuis 1979 en Suède) mais aussi d’autres façons d’humilier et d’être cruel envers des plus petits que soi. Je pense que cela a marqué un grand changement dans l’esprit collectif.


Quelques années plus tard, en 1993, le parlement suédois a voté la mise en place d’un Ombudsman des enfants - une agence gouvernementale sous le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales qui a été donné la tâche de sensibiliser le public et de diffuser de l’information concernant les droits et les besoins des enfants et des jeunes. Cette agence représente toujours aujourd’hui les enfants en relation à leurs droits et leurs intérêts et emploie des juristes, administrateurs et communicateurs qui interprètent la Convention et développent des stratégies pour l’appliquer de façon concrète et pratique à tous les niveaux de la société. Elle a la mission importante de parler avec les enfants au sujet de thèmes qui concernent leur qualité de vie et leurs droits pour arriver à connaître le regard qu’on les enfants eux-mêmes sur leurs conditions de vie.


Aujourd’hui, le jour des 30 ans de la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies, l’association StopVEO publions avec la Fondation pour l’Enfance un livret de bandes dessinées qui s’appelle “Petits instants parents-enfants”. C’est un livret qui vise à soutenir les parents dans leur rôle - une partie essentielle dans les mesures nécessaires pour accompagner la loi contre les violences physiques et psychologiques du 10 juillet 2019.


L’enfance et la parentalité ont toujours évolué et continuent à le faire. Aujourd’hui on comprend mieux en quoi cela est problématique de s’attendre à ce que les enfants obéissent aveuglement aux adultes. Aucun être humain ne peut volontairement accepter cela - c’est physiquement et psychologiquement nocif et impossible et c’est dangereux d’essayer de l’obtenir. A la place, on arrive à un consensus selon lequel on préfère que les enfants apprennent à réfléchir tout seuls, à avoir leurs propres avis, à participer aux activités qui les concernent et à agir en tant que membres responsables de leur famille et de leur communauté. Les adultes doivent alors redéfinir leur propre rôle vis-à-vis des enfants puisque les relations entre parents et enfants sont désormais basées sur surtout de la communication et du respect mutuel. Le livret que nous avons créé aide les parents dans les relations avec leurs enfants:


https://www.fondation-enfance.org/wp-content/uploads/2019/11/Livret-bande-dessinée-Fondation-pour-lEnfance-StopVEO-OK.pdf?fbclid=IwAR2krQE-2XPQzwnn2QZtAVHjsw-SGadkv3oriyr_DOv3PdMNZ_9XvBvhOpo


L’année 2019 est une année importante pour les droits de l’enfant en France avec l’interdiction des violences physiques et psychologiques envers les enfants et j’étais très heureuse d’assister au vote au Sénat, le 2 juillet 2019 - presque exactement 40 ans après que le même vote a eu lieu en Suède.




Nous avons aujourd’hui la chance d’avoir un Secrétaire chargé de la protection de l’enfance, Monsieur d’Adrien Taquet (et avant lui la Ministre Madame Laurence Rossignol qui a ouvert le chemin de plusieurs façons), ainsi qu’un gouvernement qui veut implémenter davantage les droits de l’enfant. Mais ce gouvernement doit agir rapidement et, en plus des mesures prévues, mettre en place une instance permanente qui permettrait la continuité de ce travail, ou éventuellement prévoir un élargissement du rôle du Défenseur des enfants, car nul ne sait si le prochain gouvernement comptera avec un tel poste et nous ne pouvons pas nous permettre de faire une pause dans ce travail important dans seulement quelques années, ce serait forcément un recul pour la qualité de vie des enfants dans ce pays.


De l’éducation et de l’accompagnement pour les parents, ainsi que pour les professionnels, est une partie clé pour que la loi contre les châtiments corporels soit un succès. Nous avons, à ce stade en France, besoin de beaucoup d’espace médiatique dédié aux émissions de radio et aux programmes de télévision qui traitent ce sujet. C'est un malentendu courant qu’une éducation “positive”, sans violences, veut dire laisser l’enfant sans cadre et sans limites. Alors que, au contraire, la parentalité “positive” reconnaît le besoin d’une structure dans la parentalité (dans certains aspects elle en nécessité encore plus). C’est juste qu’elle reconnaît aussi qu’il existe d’autres moyens moins nocifs pour élever les enfants qu’avec des châtiments corporels, des humiliations et des menaces. Des moyens qui respectent les droits et les besoins des enfants.


Le 2 juillet, j’ai représenté l’association StopVEO dans l’émission “Grand journal du soir” avec Sébastien Krebs à Europe 1 - émission dédiée au vote de la loi contre les châtiments corporels au Sénat de ce jour. Dans cette émission nous avons parlé de la parentalité et de comment faire en tant que parent sans utiliser de la violence envers les enfants:


https://www.europe1.fr/emissions/votre-grand-journal-du-soir-avec-matthieu-belliard/sebastien-krebs-020719-3907768


L’association StopVEO a lancé plusieurs campagnes avec l'objectif de prévenir les violences envers les enfants dont, le 30 avril dernier, pour la Journée internationale de la non-violence éducative: "Les violences éducatives, c'est grave Docteur?" Il s'agit de la première campagne nationale de sensibilisation et de prévention à destination des parents, via les professionnels de santé:


http://stopveo.org/index.php/2019/04/15/campagne-sensibilisation-veo-pro-de-sante/

 

Tous les articles de la Convention sont liés les uns aux autres et c'est en les interprétant et implémentant ensemble que l'on peut vraiment comprendre son sens et obtenir un cercle vertueux dans nos sociétés. Pour chacun d’entre nous, il est important de garder en tête que certains enfants ont des adultes autour d’eux qui peuvent les défendre mais que tous les enfants n’ont pas cette chance. Et ces enfants-là, c’est la Convention qui doit les défendre. Ne sous-estimons jamais le pouvoir de parole. Lever la voix quand nous voyons une injustice devant nous et parler des droits de l’enfant dans l’espace public sauve des vies.


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